Quand la parole guide l'écriture
Ecrire, ce n'est pas seulement tracer des lettres les unes à côté des autres. C'est transformer le langage oral en signes écrits. Lorsque nous écrivons, nous traduisons ce que nous entendons et pensons en symboles visuels. Mais assoicer la parole et le geste ne se fait pas naturellement. C'est un apprentissage que l'enfant doit construire progressivement.
Comment parler lors de l'écriture?
Ainsi, dès le début de son apprentissage, l’enfant doit parler pour écrire.
-Les formes préparatoires:
En moyenne et grande sections, on utilise la parole pour guider la main (lors du traçage des formes préparatoires à l'écriture; boucles, ponts envers, ponts endroits, ronds puis lors de l'écriture des lettres).
Par exemple, l'enfant va verbaliser "tourne, tourne, tourne" en traçant les boucles.
La parole donne:
- du rythme
- aide à coordonner le geste
- facilite la mémorisation du tracé.
-Les lettres:
La verbalisation reste essentielle quand l'enfant apprend à écrire les lettres.
L'enfant peut se dire à voix haute les étapes du tracé. Par exemple, pour le a, je fais dire à mes élèves: "c" (je trace un c), "ferme" (je ferme le c en faisant un rond complet mais en faisant bien attention de le fermer sur le côté et non au milieu!), "sourire" (qui représente la petite canne, elle a la forme d'un sourire). Cette petite "histoire" pour chaque lettre facilite la mémorisation du geste et guide la main.
-Les syllabes:
A ce stade, on ne parle plus pour guider la main, mais surtout pour faire le lien entre les sons et les lettres.L'enfant transforme un son en lettre: il prononce chaque son de la syllabe en veillant bien à écrire la lettre qui correspond au son prononcé (et non celui d'avant ou celui d'après, on coordonne la parole au geste: quand je dis m....de la syllabe ma je n'écris pas le a!).
Dire les sons des syllabes lors de l’écriture permet de bien faire la correspondance grapho phonologique (ne pas écrire un b à la place du p par exemple) et d'éviter les oublis ou inversions de sons.
-Le mot ou la phrase:
Lorsque l’enfant recopie un mot ou une phrase, parler lui permet de:
- comprendre ce qu'il écrit
- mémoriser plus facilement
- ne rien oublier
Il découpe la phrase en morceaux et l'écrit morceau par morceau.
Lors des travaux de production d’écrit (nous ne sommes alors plus dans la recopie), parler devient un outil pour:
- organiser ses idées
- structurer ses phrases
- vérifier si ça "sonne" bien
- aider à repérer ses erreurs (les chevals).
Vous l’aurez compris, parler est nécessaire pendant tout le parcours d’écriture de la maternelle à l’âge adulte (le geste, la lettre, la syllabe, le mot et la phrase). Au départ on va parler à voix haute puis petit à petit, on va se mettre à chuchoter puis à labialiser (simplement bouger les lèvres sans qu'aucun son ne sorte) puis à parler dans sa tête (cf Elisabeth Nuyts).
Parler pour prendre conscience
Dans l'apprentissage de l'écriture, la verbalisation ne sert pas uniquement lors de l'acte d'écriture. Verbaliser permet de rendre visibles (et contrôlables) des gestes et des stratégies qui sont d'abord inconscients.
Prendre conscience de ses gestes et des caractéristiques de son écriture:
Lors de la séance bilan, le jeune est accompagné par la graphopédagogue pour observer:
- sa posture
- la façon dont il tient son crayon
- la position de sa feuille
- la distance de ses yeux par rapport à la feuille.
L'objectif est de mieux comprendre ce qu'il fait. La graphopédagogue va ensuite lui expliciter les gestes adaptés et ensuite l'enfant sera amené à verbaliser lui même tous ces éléments. Car pour intégrer les choses, le jeune doit les verbaliser lui-même. Entendre des savoirs d'une tierce personne ne suffit pas à garantir leur intégration. A ce sujet, les travaux d'Elisabeth Nuyts notamment dans Dyslexie, Dyscalculie, Dysorthographie, Troubles de la mémoire: Prévention et remèdes apportent un éclairage particulièrement pertinent.
Passer à un geste maitrisé:
Au fil des séances, l'élève apprend à se dire:: "Pour bien écrire, je dois..."
- me tenir ainsi
- tenir mon crayon de telle manière
- placer ma feuille de cette façon
Cette verbalisation s'accompagne:
- d'une auto-observation
- d'ajustements si nécessaire
L'élève passe progressivement d'un geste automatique à un geste réfléchi et contrôlé. Cette verbalisation et cette auto-observation se généralisent progressivement aux autres dimensions de l’écriture travaillées avec l’enfant, telles que la gestion de la taille des lettres ou la gestion des signes diacritiques (accents, points, barres).
Vers l'automatisation:
L'objectif de l'accompagnement est de permettre, à terme, l'automatisation de ces gestes. La verbalisation, d'abord nécessaire, devient progressivement inutile (il s'agit bien ici de la verbalisation des gestes pour se préparer à écrire et non de la verbalisation du contenu écrit qui, elle, se poursuit).
Pourquoi c'est important?
Quand le geste est automatisé grâce à la verbalisation:
- l’écriture devient plus fluide
- l'enfant se fatigue moins
- il peut se concentrer sur l'essentiel: comprendre, mémoriser, réfléchir.
C'est ce qui permet une vraie progression.
